Le point sur la grippe aviaire en Belgique

Après le premier cas identifié le 31 janvier 2017 chez un éleveur amateur de volailles d’ornement de la région de Lebekke (à 20 km au nord-ouest de Bruxelles), un Cygne tuberculé adulte a été confirmé positif au virus H5N8 hautement pathogène à Oud-Heverlee (20 km à l'est de Bruxelles), le 21 février. L’oiseau a été trouvé mort, flottant sur l’étang d’une réserve naturelle gérée par l’ANB (= DNF en Flandre). Dans les deux cas, il n’a pas été constaté de contamination "secondaire" (= d'autres oiseaux), malgré la mise en place d’une surveillance ad hoc dans les environs. Les deux virus ont été isolés au CERVA (centre d’expertise vétérinaire des SPF Santé publique et SPF Agriculture – laboratoire de référence pour la grippe aviaire) et leur génotypage est en cours afin notamment d’évaluer dans quelle mesure les deux cas sont liés. Il s’agit donc des deux premiers cas de détection d’un virus d’influenza aviaire hautement pathogène chez des oiseaux en Belgique. En réalité, il s’agit du deuxième et du troisième cas, car le premier cas pour l’Europe du fameux H5N1 hautement pathogène a été isolé en Belgique le 18 octobre 2004 par le CERVA; l'échantillon avait été prélevé sur un Aigle montagnard Spizaetus nipalensis, saisi à la douane de l'aéroport de Bruxelles National, dans les baguages à main d’un passager en provenance de Bangkok. 

 Cygnes chanteurs à Roly (photo Alain De Broyer)

Cygnes chanteurs à Roly (photo Alain De Broyer)

Ces deux cas de H5N8 hautement pathogène ne sont évidemment pas étonnants: inutile de rappeler que les oiseaux se déplacent au-delà des frontières et que l’épizootie ( = épidémie chez les animaux) touche quasi toutes les régions d’Europe, depuis le premier cas constaté en Hongrie en octobre passé.
 
Ce qui commence par contre à être un sujet de préoccupation est l’ampleur des mortalités chez les oiseaux sauvages. On peut l’estimer à des dizaines de milliers d’oiseaux appartenant à une trentaine d’espèces. La plupart sont des anatidés, mais pas uniquement. De surcroît, et dans une certaine (malheureuse) logique, on compte des espèces rares, fragiles, voire sévèrement menacées. Une dizaine de Faucons pèlerins, autant de Pygargues à queue blanche, des Autours des Palombes, au moins un Grand-duc d’Europe, tous trouvé morts, ont été testés positifs. Encore plus grave, au moins deux Oies naines ont été trouvées mortes en Hongrie. Ces deux individus appartiennent plus que probablement à la population nicheuse relictuelle de Norvège – la dernière d’Europe - qui compte seulement… 130 individus, qui hivernent jusque dans le Delta de l’Evros en Grèce. 

Que faire ? Pas grande chose dans l’état actuel des connaissances, si ce n’est empêcher que les foyers dans les élevages ne se propagent, en contaminent d’autres élevages ou des oiseaux sauvages. Et bien évidemment, participer à l’augmentation de la connaissance sur ce virus et son écologie.
 
Rester vigilant est ce que nous pouvons faire de mieux. Cela a parfaitement fonctionné dans le cas du cygne d’Oud-Heverlée puisque c’est une birdwatcheuse assidue de la vallée de la Dyle qui a repéré le cadavre, a alerté l’ANB qui a immédiatement envoyé une équipe récupérer le cygne pour l’envoyer au CERVA pour analyse. Dès les premiers résultats d’analyse connus, des bagueurs-collaborateurs de l’IRSNB ont capturé-bagué-relâché et réalisé des prélèvements sur des Cygnes tuberculés dans les étangs avoisinants et ont cherché l’éventuelle présence d’autres cadavres afin d’évaluer la possibilité de cas secondaires. La chaîne de collaboration a donc parfaitement fonctionné. Les consignes de vigilance sont spécifiées sur le site de l’AFSCA et du CERVA et ont été communiquées notamment aux 589 bourgmestres du pays.

En deux mots : si vous découvrez un Cygne ou un Grèbe mort, ou cinq oiseaux morts appartenant à une même famille et en un même lieu, avertissez s’il vous plait sans délai le DNF en Wallonie, l’IBGE à Bruxelles ou l’ANB en Flandre. Ce sont ces instances qui sont responsables de la collecte des cadavres découverts dans la Nature et de leur transport vers le labo du CERVA. Un grand merci d’avance !
 
Par ailleurs, afin que le dispositif soit le plus complet possible,  le Centre belge du Baguage organise tout au cours de l’année, à la demande et selon les prescriptions de l’AFSCA et du CERVA, la collecte des cadavres dans les CREAVES, CROH et autres VOC ainsi que la prise d’échantillons de liquide cloaqual sur des oiseaux des espèces sensibles au cours d’opération de baguage. 
 

EuroBirdPortal, le projet d'intégration des portails ornithologiques en Europe, se réunit à Namur

Ces 2 et 3 mars 2017, un atelier international consacré au projet EuroBirdPortal (eurobirdportal.org) s'est tenu à Namur. Une trentaine d’experts ornithologues provenant de 17 pays ont répondu à l'invitation d'Aves pour venir échanger les "bonnes pratiques" concernant les portails de données ornithologiques.

EuroBirdPortal, un projet mené sous l'égide de l'European Bird Census Council et soutenu par un financement européen "Life Preparatory", cherche à rassembler les observations d'oiseaux collectées via Internet à travers l'Europe. Actuellement, cela concerne plus 40 millions de données récoltées annuellement par plus de 100.000 ornithologues, via 69 institutions dans 21 pays d'Europe. La version de démonstration du portail permet déjà de visualiser les cartes de répartition hebdomadaires de dizaines d'espèces européennes. À l'avenir, l'ambition est de connecter les différents portails actuels (Ornitho, BirdTrack, eBirds, Observation.org, ...) pour rassembler les données ornithologiques, en temps réel, à l'échelle du continent.

 27 experts provenant d'une quinzaine de pays ont échangé leurs expériences durant deux journées à Namur. 

27 experts provenant d'une quinzaine de pays ont échangé leurs expériences durant deux journées à Namur. 

Les échanges de ces deux journées ont particulièrement mis en évidence l'intérêt des "listes complètes d'observations". Cette pratique consiste à enregistrer sur le terrain et à encoder, non pas seulement les quelques observations les plus intéressantes d'une sortie ornitho, mais tout simplement la liste complète de toutes les espèces observées sur le terrain pendant un temps d'observations donnés. Par rapport aux données courantes classiques, isolées, les listes d'observations permettent de mesurer l'effort d'observation et d'ainsi inférer aussi les "absences", c'est-à-dire les espèces qui n'ont pas été détectées par l'observateur. Les biais (comme par exemple les variations de pression d'observations) sont ainsi mieux contrôlables. Plus explication ? Lisez cet article dans le Bulletin Aves.

Si la Belgique figure en bonne place dans le concert européen en ce qui concerne la quantité d'observations ornithologiques (7ème en nombre d'observations par milliers d'habitants, après les pays scandinaves, la Suisse et les Pays-Bas, mais devant les îles britanniques, l'Allemagne et la France), il n'en va pas de même concernant les "listes complètes". Seulement 4% de toutes les données belges sur Waarnemingen/Observations.be sont encodées sous formes de listes complètes (contre 90 % au Portugal!). Pourtant, les outils sont disponibles, directement sur www.observations.be ou maintenant via l'application ObsMapp.

Nous allons donc préparer quelques tutoriels et explications pour tenter de motiver de plus en plus les observateurs wallons et bruxellois à collecter des listes complètes d'observations. Une première vidéo expliquant comment encoder des listes à partir de ses observations est visible ici (ici dans le cadre des échantillonnages des oiseaux nicheurs EBBA2, mais ce genre d'exercice devrait devenir l'habitude en toute saison).

D'autres sujets importants, comme la validation des données en première ligne, ont fait l'objet de nombreuses discussions et échanges.

La rencontre internationale a aussi été l'occasion de rendre publique une nouvelle mise à jour du portail de démonstration, qui permet désormais de suivre les observations de 105 espèces pour la période 2010-2015... soit des millions de combinaisons possibles de cartes. Ci-dessous, une comparaison concernant les deux milans européens.

 Comparaison de la situation en début mars de la migration du Milan royal à gauche et du Milan noir à droite, qui commence seulement à arriver dans nos régions. Cliquez sur l'image pour accéder à la page en live.

Comparaison de la situation en début mars de la migration du Milan royal à gauche et du Milan noir à droite, qui commence seulement à arriver dans nos régions. Cliquez sur l'image pour accéder à la page en live.

Nous sommes fiers qu'Aves ait pu organiser cet atelier et ainsi faire avancer ce nouveau "rêve européen" ! Merci à tous les participants pour rendre cela possible...

Milans royaux des cantons de l'Est: le printemps est dans l'air !

Après plusieurs semaines d'hivernage en Espagne, l'heure du retour semble avoir sonné pour les Milans belges suivis par balise GPS.

 L'alignement d'arbre derrière le village de Santovenia, qui sert de dortoir hivernal à Archimède. L'équipe du projet s'est rendu sur place en Janvier 2016 et a pu récolter des pelotes de réjection (photo: JY Paquet).

L'alignement d'arbre derrière le village de Santovenia, qui sert de dortoir hivernal à Archimède. L'équipe du projet s'est rendu sur place en Janvier 2016 et a pu récolter des pelotes de réjection (photo: JY Paquet).

Archimède coulait des jours tranquilles en Castille au même endroit de villégiature que l'hiver dernièr, dans la région de Zamora. Le 1er février, au petit matin, il a quitté son dortoir proche du village de Santovenia (voir photo ci-contre) pour filer vers l'est-nord-est. Après 6 jours, il a déjà couvert 650 km soit 45 % de son trajet pour revenir dans son territoire à Born (distance couverte: entre 4 et 203 km par jour). C'est passionnant de suivre son voyage pas à pas, car Archimède suit quasiment le même chemin que le voyage de retour de l'année précédente (17 jours de voyage parcourus entre le 18 janvier et le 3 février 2016).

Il a même fait étape au même endroit deux années de suite, à Saint-Girons-en-Béarn... (le 25 janvier 2016 et le 5 février 2017). 

 Trajet de retour 2017 d'Archimède (en jaune), jusqu'au 7/02. En bleu, son trajet de 2016. La flèche rouge indique le village de Saint-Girons-en-Béarn, où il a dormi dans le même bosquet à un an d'intervalle.

Trajet de retour 2017 d'Archimède (en jaune), jusqu'au 7/02. En bleu, son trajet de 2016. La flèche rouge indique le village de Saint-Girons-en-Béarn, où il a dormi dans le même bosquet à un an d'intervalle.

Le Mâle Wallerode a lui aussi entamé son voyage de retour, précédé, comme l'hiver dernier d'ailleurs, d'un petit séjour dans la région de Lourdes, une sorte de deuxième site d'hivernage, après lui aussi être allé en Espagne.

Les autres milans suivis par GPS, y compris Tchantchès, sont toujours en Espagne, entre l'Estrémadure et la Castille. Affaire à suivre donc !

 

 Situation au 3 février 2017. On voit les trajets d'Archimède et de Mâle Wallerode, et les positions en hivernage des 5 autres individus suivis, depuis Mérida au sud, jusqu'à Zamora.

Situation au 3 février 2017. On voit les trajets d'Archimède et de Mâle Wallerode, et les positions en hivernage des 5 autres individus suivis, depuis Mérida au sud, jusqu'à Zamora.