Découvertes

Lecture planante pour l'été: le numéro 56/1 de la revue AVES est paru (éditorial)

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Les enquêtes de terrain, qui rassemblent les forces vives naturalistes autour d’un projet commun (comme le recensement d’une ou plusieurs espèces), sont au cœur de « l’ornithologie citoyenne » telle que l’applique notre association depuis sa création. Ce numéro 56/1 d’Aves s’ouvre avec la synthèse attendue des résultats de l’une de ces grandes enquêtes, qui concernait l’évaluation des populations nicheuses du Milan royal et du Milan noir en Wallonie en 2015 et 2016. Il s’agissait d’un véritable challenge, étant donné l’importante surface à couvrir (pratiquement toute la Haute Belgique) et la difficulté à localiser les territoires de ces deux espèces. Nous avons pu compter sur plusieurs dizaines d’observateurs qui n’ont pas ménagé leurs efforts, complétés par un appui professionnel. L’enquête a aussi bénéficié de l’expertise de plusieurs ornithologues amateurs qui mènent des recherches détaillées sur la démographie du Milan royal dans l’importante zone noyau d’Ardenne orientale.

C’est aussi grâce à l’un de ces suivis de longue haleine, basé sur la collecte systématique de pelotes de réjection et de restes de proies autour des nids depuis près de 20 ans, et à une collaboration avec deux universités et divers experts, que le régime alimentaire du Milan royal a pu être analysé. C’est l’objet du deuxième article de ce numéro, grâce auquel vous pourrez mieux comprendre les tenants et aboutissants du lien fort entre le statut favorable du Milan royal et une certaine forme d’agriculture. En pleine crise existentielle, l’élevage bovin de dimension familiale a modelé depuis des décennies les paysages d’une grande partie de la Wallonie. La manière dont il va évoluer détermine le futur d’une partie de notre avifaune.

Ces deux articles démontrent l’importance de dépasser la simple description du statut des populations. Une meilleure compréhension de l’écologie des espèces est nécessaire pour pouvoir développer des politiques de conservation adéquates. Saviez-vous que le Milan royal est en fait la seule espèce d’oiseaux nicheurs pour laquelle la Belgique abrite plus de 1 % de la population mondiale ? Nous avons donc une responsabilité particulière dans la compréhension des facteurs qui définissent la bonne santé locale de leur population : c’est la raison pour laquelle nous faisons appel à votre générosité pour poursuivre nos analyses à partir des données détaillées récoltées sur des individus équipés de balises GPS (pour contribuer, cliquez ici).

Enfin, cette fois encore, nous avons la chance d’avoir reçu de nos collègues suisses une magnifique étude combinant baguage scientifique, bioacoustique et photographie nature, pour suivre la population de l’une de nos espèces les plus mystérieuses, la Bécasse des bois. Les photos de l’espèce publiées dans ce numéro, en plus d’être magnifiques, ont une valeur scientifique remarquable : ne les manquez pas.

Avec tout le comité de la revue, nous vous souhaitons une excellente lecture… et de belles observations sur le terrain cet été !

Lien vers toutes les tables des matières et 50 ans d’articles en libre accès: cliquer ici.

Pourquoi ne pas publier votre recherche en ornithologie dans la Revue Aves ? Consultez les instructions aux auteurs et contactez-nous.

Les Oiseaux du Grand-Duché de Luxembourg (Patric Lorgé et Ed. Melchior, 2018)

L’avifaune du Grand-Duché de Luxembourg (2.586 km², soit 58% de notre province de Luxembourg) est relativement méconnue en Belgique. Ce livre cartonné de 276 pages (format 16,5 x 23,5 cm) tombe donc à point. Destiné à un large public, il apporte une information générale sur l’ensemble des espèces observées dans le pays, visiteurs accidentels et allochtones inclus.

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La structure du livre est un peu particulière dans le sens où les nicheurs, les hivernants et les migrateurs réguliers sont présentés par des textes assez généraux en suivant une ventilation entre neuf grands types d’habitats (eaux, forêts, prés humides, milieux agricoles, friches et milieux anthropiques, cités, vergers, parcs et bosquets, haies). Ce choix est sans doute de nature à simplifier l’usage du livre pour des novices mais de nature à perturber quelque peu l’ornithologue habitué aux listes systématiques.

Pour chaque espèce, l’effectif nicheur, voire hivernal, est indiqué d’après les résultats des programmes d’inventaire et de suivi des espèces ou aussi d’estimations issues de l’analyse de la banque de données de la Centrale ornithologique luxembourgeoise. Par exemple, le pays compte 90-100 couples de Grèbes castagneux, 60-70 de Hérons cendré, 5-7 de Fuligules morillons, une soixantaine de couples de Milans royaux et autant de Milans noirs, 30-40 couples de Pics cendrés, 50-100 de Torcols… mais aussi à peine encore 30-50 couples de Perdrix grises. L’abondance estimée de certaines espèces peut surprendre par comparaison avec la Wallonie : par exemple, il y aurait encore au moins un millier de couples de Serins cini. Parmi les nicheurs récents : le Grand-duc depuis 1982 (15-20 couples actuellement) ou encore la Cigogne blanche depuis 2013.

Des chapitres séparés sont consacrés d’une part aux visiteurs réguliers et migrateurs et, d’autre part, aux espèces exceptionnelles et irrégulières. Pour celles-ci, le statut est précisé et les données sont énumérées en détail.

Cette « avifaune » est complétée par une check-list complète des espèces et la liste rouge des oiseaux nicheurs. Cette dernière est forte de 68 espèces. Parmi celles-ci 13 ont déjà disparu (Tétras lyre, Bécassine des marais, Engoulevent, Huppe fasciée, Pies-grièches à tête rousse et poitrine rose, Cochevis huppé, Gorgebleue, Tarier des prés, Hypolaïs ictérine, Pipit rousseline, Bruants zizi et proyer par exemple), 7 sont en danger critique (Perdrix grise, Râle des genêts, Vanneau huppé, Pie-grièche grise, Traquet motteux, Phragmite des joncs et Pipit farlouse) et 9 sont en danger (Caille, Gélinotte, Petit Gravelot, Chevêche, Tourterelle des bois, Coucou gris, Hirondelle de rivage, Alouette lulu et Bergeronnette printanière). Des oiseaux très rares et forcément menacés comme le Blongios nain (5-7 couples) et la Rousserolle turdoïde (5-8) sont rangés dans une classe un peu particulière d’espèces « à répartition restreinte ».


Comment obtenir le livre ?

Au Grand-duché, disponible au Shop nature de la Maison de la nature à Kockelscheuer et au Biodiversum à Remerschen. Commandes : verser 28 € (inclus 3 € de frais d’envoi) sur le compte CCPL LU50 1111 0511 3112 0000 de Natur&ëmwelt en mentionnant l’adresse postale d’envoi.


Champions of the flyway 2017, résumé de la "course"

Bien connu des ornithologues, Israël est un pays se situant sur l’extrémité est de la Méditerranée, au sud du Liban et de la Syrie. Au printemps, il se retrouve par conséquent sur la route migratoire de très nombreuses espèces, tentant de rejoindre l’Europe ou l’Asie, sans avoir à traverser la mer. C’est ainsi une escale importante pour de nombreux oiseaux, qui, après avoir traversé plusieurs milliers de kilomètres de désert de sable,  vont faire halte dans le premier buisson, ou sur le premier point d’eau leur fournissant de la nourriture.

Figure 1 : Aigle des steppes (Aquila nipalensis)Photo : Noé Terorde 

Figure 1 : Aigle des steppes (Aquila nipalensis)
Photo : Noé Terorde
 

Il va donc sans dire que lors de la migration de printemps, de nombreux ornithologues effectuent également un déplacement vers cette destination extraordinaire afin d’y observer ces oiseaux migrateurs.


C’est pourquoi l’idée a germé au sein de l’équipe de BirdLife International d’organiser une course en Israël lors de l’apogée de la migration de printemps, à savoir fin mars. 
Cette course, appelée « Champions Of The Flyway », poursuit un double objectif. Tout en profitant du magnifique spectacle offert par la migration, des équipes d’ornithologues venues du monde entier vont prospecter chaque coin et recoin du sud d’Israël afin d’observer le plus grand nombre d’espèces en une période déterminée de 24h.


Mais à côté de la course à proprement parler, le principal objectif de cet événement est de récolter des fonds afin de lutter contre la chasse illégale des oiseaux sur leurs routes migratoires. En effet, chaque année, plus de 25 millions d’oiseaux sont tués et capturés illégalement rien qu’autour du bassin méditerranéen (BirdLife International). Pour ce faire, chaque équipe va mettre tout en œuvre pour obtenir sponsors et donations dans leur contrée d’origine.
Après de précédentes éditions très réussies dans le but de lever des fonds pour la Géorgie (2014), Chypre (2015) et la Grèce (2016), l’édition 2017 était consacrée à la lutte contre la chasse illégale en Turquie. Les fonds récoltés (63.000$), seront entièrement transférés à Doğa Derneği (Birdlife Turquie), qui mène déjà de nombreuses actions sur place, et espère pouvoir améliorer ses résultats grâce aux fonds récoltés lors de cette nouvelle édition de Champions Of The Flyway. 


L’action principale menée par Doğa Derneği est éducative. Le but étant d’éduquer les nouvelles générations quant à l’importance de préserver les routes migratoires. Il faut donc commencer par changer les mentalités et les traditions lourdement ancrées dans ces régions, afin de sensibiliser les jeunes à l’observation des oiseaux plutôt qu’à leur chasse.

Figure 2 : Guêpier d’Orient (Merops orientalis)Photo : Noé Terorde

Figure 2 : Guêpier d’Orient (Merops orientalis)
Photo : Noé Terorde

Cette année, ce ne sont donc pas moins de 18 équipes, composées de 3 à 5 personnes, venues du monde entier qui se sont « affrontées » ; tout d’abord lors de la course ornithologique, mais également dans une seconde compétition, afin de déterminer à quelle équipe sera attribué le prix des « Guardians of the Flyway », qui auront récolté le plus de fonds.
Des ornithologues venant de quatre continents, depuis les Etats-Unis jusqu’à la Chine, en passant par l’Italie, l’Espagne ou encore l’Afrique du Sud,  ont donc parcouru les routes israéliennes durant 24 heures, entre 00h01 et 23h59 ce 28 mars 2017. 

Figure 3 : réunion de tous les champions au lendemain de la coursePhoto : Dov Greenblat (SPNI) 

Figure 3 : réunion de tous les champions au lendemain de la course
Photo : Dov Greenblat (SPNI)
 

Présent depuis deux mois dans la région en tant que bénévole pour le centre ornithologique de Eilat, j’ai donc eu cette année la chance de participer à la course au sein de l’équipe turque, en remplacement de l’un de leurs membres qui a malheureusement vu sa demande de visa refusée. 


La course n’a pas lieu sur tout le territoire d’Israël, mais sur le tiers sud du pays, c'est-à-dire la quasi-totalité de la région du Néguev. 

Figure 4 : limites de la zone autorisée pour la course(http://www.champions-of-the-flyway.com/the-race/)

Figure 4 : limites de la zone autorisée pour la course
(http://www.champions-of-the-flyway.com/the-race/)

A minuit, le coup d’envoi est donné, et les différentes équipes peuvent commencer à observer et à comptabiliser les premières espèces. Recherche de rapaces nocturnes, d’Oedicnèmes, d’Engoulevents et de toute autre espèce repérable dans le noir, sont au programme durant les premières heures de compétition. C’était par exemple la première fois que je scrutais des groupes de Goélands au milieu de la nuit, dans une obscurité quasi-totale, afin d’essayer de repérer une espèce supplémentaire ; expérience plutôt déconcertante.


Durant les heures de clarté, les techniques de recherche varient d’une équipe à l’autre. En ce qui nous concerne, nous avons décidé de commencer la journée à l’extrême sud (Eilat) du terrain de jeu en remontant progressivement vers le nord avec diverses haltes (KM 19, KM20, Yotvata, Mitzpe Ramon, Sde Boker), pour terminer la journée autour du lac de Yeruham. 
Face à des équipes redoutables telles que les « Arctic Redpolls », venus de Finlande pour l’occasion, ou les « Palestinian Sunbirds », emmenés par Noam Weiss, manager du Centre Ornithologique de Eilat, avec qui nous avons collaborés durant la course, nous nous sommes contentés d’une très honorable 3ème place, avec pas moins de 170 espèces observées au terme des 24 heures de compétition. Il s’agit de l’un des seuls endroits du Paléarctique Occidental où il est possible d’observer une telle diversité d’oiseaux sur une journée.

Figure 5 : équipe turque composée de Turan Çetin (Tr), Noé Terorde (Be) et Kaan Özgencil (Tr)

Figure 5 : équipe turque composée de Turan Çetin (Tr), Noé Terorde (Be) et Kaan Özgencil (Tr)

Peu importe les résultats de la course, ce qui reste dans les esprits après un tel événement est la sensation d’avoir apporté sa contribution à une bonne action, en plus d’avoir participé à un événement très excitant et amusant. Je pense pouvoir parler au nom de tous les participants en affirmant que l’on souhaite tous remettre l’expérience l’année prochaine, afin de défendre une nouvelle fois les droits de ces oiseaux migrateurs tant persécutés. Peut être avec une équipe belge cette fois, qui sait…