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Milans Royaux des Cantons de l'Est: sur le départ...

Depuis 2014, avec d'autres partenaires, Aves participe à un projet visant à étudier l'écologie des milans royaux en Haute Ardenne belge (cantons de l'Est). Plusieurs individus sont équipés d'une balise GPS qui permet de suivre leurs déplacements en détail et de comprendre leur utilisation de l'espace vital. Le projet est présenté ici et peut être aussi suivi sur Facebook. Sur ce blog, nous vous proposons un résumé des dernières aventures de "nos" milans royaux.
photo Damien Sevrin (cc-by-nc-sa)

photo Damien Sevrin (cc-by-nc-sa)

Une nouvelle saison de reproduction s'est bien terminée pour les milans qui font partie de notre étude. Les conditions étaient moins bonnes en 2017 (plus faible abondance de leurs proies favorites, les campagnols...), ce qui s'est traduit par un plus faible nombre moyen de jeunes à l'envol. Cependant, nous avons le plaisir d'annoncer l'heureux événement de l'envol d'au moins un jeune pour les 8 territoires étudiés.

 

 

Depuis l'envol des jeunes fin juin-début juillet, les adultes suivis sont restés cloîtrés dans leur territoire respectif, à se remettre de leur travail de parents et à muer. Tout était calme depuis des semaines quand, à l'occasion de la magnifique météo du week-end dernier, deux éclaireurs sont partis en migration. Le hasard a voulu qu'il s'agisse des deux milans dont la balise est sponsorisée par le comité d'Aves-Liège (merci à nos valeureux liégeois !). Un mâle (suivi depuis 2016) surnommé "Tchantchès" et une femelle, d'un autre territoire, équipée en 2017: "Nanesse". Leur trajet respectif depuis leur départ (Tchantchès le samedi 14-10 et Nanesse le dimanche 15-10) et le 20 octobre est illustré sur l'image ci-dessous.

Trajets du début de la migration automnale de Nanesse (noir) et Tchantchès (turquoise). Les boules représentent leur lieu de halte en soirée (souvent un bosquet ou des arbres en lisière).

Trajets du début de la migration automnale de Nanesse (noir) et Tchantchès (turquoise). Les boules représentent leur lieu de halte en soirée (souvent un bosquet ou des arbres en lisière).

Les deux oiseaux traversent la France à un petit rythme (maximum 150 km le 18/10 par Tchantchès): Ardenne, Champagne, Bourgogne, Centre, Limousin...). Comme déjà observé les années précédentes, les distances quotidiennes peuvent être courtes mais dès lors qu'ils sont partis, ils progressent un peu chaque jour, sans stationner au même endroit.

Lorsque Nanesse a été équipée d'un GPS ce printemps, un mâle a également été capturé. Nous pensions qu'il pouvait s'agir de "son" mâle, même s'il avait encore un plumage immature. La suite nous a détrompé. Peu de temps après sa capture, cet jeune milan a choisi l'aventure. Il s'envole tout d'abord vers les Pays-Bas pour tourner plus vers l'est en direction de l'Allemagne. Les jours suivants, il poursuit son échappée vers le sud jusqu'aux Alpes dans l'ouest de l'Autriche pour reprendre ensuite vers la Suisse, avant de repartir vers le nord en survolant la Forêt Noire. En juin, il s'est installé une semaine en Thuringe (est de l'Allemagne). Quand il a repris du voyage, il s'est dirigé vers l'ouest dans la région de Münster et la partie septentrionale du Sauerland. Il ne s'est pas reposé pour autant puisqu'il s'est à nouveau déplacé, d'abord en Basse-Saxe et ensuite dans le nord de la Hesse où il a séjourné une semaine. Au cours de la deuxième semaine de Juillet, notre Vagabond finit par s'installer au nord-est de Francfort (sur la rivière Main), pour passer le reste de l'été.

Cet exemple illustre un aspect méconnu de la vie des milans royaux: alors qu'ils sont extrêmement fidèles à la fois à leur territoire de reproduction et d'hivernage une fois adulte, ils peuvent s'offrir de véritables périodes d'érratismes lors de leur jeunesse.

Érratisme estival du milan surnommé le "Vagabond', capturé sur le même territoire que Nanesse en 2017.

Érratisme estival du milan surnommé le "Vagabond', capturé sur le même territoire que Nanesse en 2017.

Le 14 octobre, soit le même jour que Tchantchès, notre jeune mâle a entamé sa migration automnale. Jusqu'ici, il semble suivre le même pattern et un même axe que ce que nous connaissons des adultes (il suit donc une ligne parallèle mais plus méridionale que "nos" adultes). Il se dirige à présent droit vers les Pyrénées, à un rythme quotidien semblable à celui des adultes.

Il sera vraiment intéressant de voir ce que cet oiseau va faire au printemps prochain: quel est finalement sa véritable patrie, où il va tenter de s'établir et de se reproduire ?

L'hiver qui vient, notre projet va permettre de suivre au total le destin de 8 adultes (en plus du Vagabond): Tchantchès et Nanesse, ainsi que 5 oiseaux toujours présents pour l'instant (21 octobre) dans leur territoire respectif des Cantons de l'Est: Archimède, Male Amel et Male Saint-Vith (suivis depuis 2014 déjà !), Male et Femelle Wallerode et Male Montenau.

À bientôt pour de nouvelles aventures !

Trajet migratoire du "Vagabond", depuis son départ de la région de Francfort le 14 octobre au 20 octobre.

Trajet migratoire du "Vagabond", depuis son départ de la région de Francfort le 14 octobre au 20 octobre.

Champions of the flyway 2017, résumé de la "course"

Bien connu des ornithologues, Israël est un pays se situant sur l’extrémité est de la Méditerranée, au sud du Liban et de la Syrie. Au printemps, il se retrouve par conséquent sur la route migratoire de très nombreuses espèces, tentant de rejoindre l’Europe ou l’Asie, sans avoir à traverser la mer. C’est ainsi une escale importante pour de nombreux oiseaux, qui, après avoir traversé plusieurs milliers de kilomètres de désert de sable,  vont faire halte dans le premier buisson, ou sur le premier point d’eau leur fournissant de la nourriture.

Figure 1 : Aigle des steppes (Aquila nipalensis) Photo : Noé Terorde  

Figure 1 : Aigle des steppes (Aquila nipalensis)
Photo : Noé Terorde
 

Il va donc sans dire que lors de la migration de printemps, de nombreux ornithologues effectuent également un déplacement vers cette destination extraordinaire afin d’y observer ces oiseaux migrateurs.


C’est pourquoi l’idée a germé au sein de l’équipe de BirdLife International d’organiser une course en Israël lors de l’apogée de la migration de printemps, à savoir fin mars. 
Cette course, appelée « Champions Of The Flyway », poursuit un double objectif. Tout en profitant du magnifique spectacle offert par la migration, des équipes d’ornithologues venues du monde entier vont prospecter chaque coin et recoin du sud d’Israël afin d’observer le plus grand nombre d’espèces en une période déterminée de 24h.


Mais à côté de la course à proprement parler, le principal objectif de cet événement est de récolter des fonds afin de lutter contre la chasse illégale des oiseaux sur leurs routes migratoires. En effet, chaque année, plus de 25 millions d’oiseaux sont tués et capturés illégalement rien qu’autour du bassin méditerranéen (BirdLife International). Pour ce faire, chaque équipe va mettre tout en œuvre pour obtenir sponsors et donations dans leur contrée d’origine.
Après de précédentes éditions très réussies dans le but de lever des fonds pour la Géorgie (2014), Chypre (2015) et la Grèce (2016), l’édition 2017 était consacrée à la lutte contre la chasse illégale en Turquie. Les fonds récoltés (63.000$), seront entièrement transférés à Doğa Derneği (Birdlife Turquie), qui mène déjà de nombreuses actions sur place, et espère pouvoir améliorer ses résultats grâce aux fonds récoltés lors de cette nouvelle édition de Champions Of The Flyway. 


L’action principale menée par Doğa Derneği est éducative. Le but étant d’éduquer les nouvelles générations quant à l’importance de préserver les routes migratoires. Il faut donc commencer par changer les mentalités et les traditions lourdement ancrées dans ces régions, afin de sensibiliser les jeunes à l’observation des oiseaux plutôt qu’à leur chasse.

Figure 2 : Guêpier d’Orient (Merops orientalis) Photo : Noé Terorde

Figure 2 : Guêpier d’Orient (Merops orientalis)
Photo : Noé Terorde

Cette année, ce ne sont donc pas moins de 18 équipes, composées de 3 à 5 personnes, venues du monde entier qui se sont « affrontées » ; tout d’abord lors de la course ornithologique, mais également dans une seconde compétition, afin de déterminer à quelle équipe sera attribué le prix des « Guardians of the Flyway », qui auront récolté le plus de fonds.
Des ornithologues venant de quatre continents, depuis les Etats-Unis jusqu’à la Chine, en passant par l’Italie, l’Espagne ou encore l’Afrique du Sud,  ont donc parcouru les routes israéliennes durant 24 heures, entre 00h01 et 23h59 ce 28 mars 2017. 

Figure 3 : réunion de tous les champions au lendemain de la course Photo : Dov Greenblat (SPNI)  

Figure 3 : réunion de tous les champions au lendemain de la course
Photo : Dov Greenblat (SPNI)
 

Présent depuis deux mois dans la région en tant que bénévole pour le centre ornithologique de Eilat, j’ai donc eu cette année la chance de participer à la course au sein de l’équipe turque, en remplacement de l’un de leurs membres qui a malheureusement vu sa demande de visa refusée. 


La course n’a pas lieu sur tout le territoire d’Israël, mais sur le tiers sud du pays, c'est-à-dire la quasi-totalité de la région du Néguev. 

Figure 4 : limites de la zone autorisée pour la course ( http://www.champions-of-the-flyway.com/the-race/ )

Figure 4 : limites de la zone autorisée pour la course
(http://www.champions-of-the-flyway.com/the-race/)

A minuit, le coup d’envoi est donné, et les différentes équipes peuvent commencer à observer et à comptabiliser les premières espèces. Recherche de rapaces nocturnes, d’Oedicnèmes, d’Engoulevents et de toute autre espèce repérable dans le noir, sont au programme durant les premières heures de compétition. C’était par exemple la première fois que je scrutais des groupes de Goélands au milieu de la nuit, dans une obscurité quasi-totale, afin d’essayer de repérer une espèce supplémentaire ; expérience plutôt déconcertante.


Durant les heures de clarté, les techniques de recherche varient d’une équipe à l’autre. En ce qui nous concerne, nous avons décidé de commencer la journée à l’extrême sud (Eilat) du terrain de jeu en remontant progressivement vers le nord avec diverses haltes (KM 19, KM20, Yotvata, Mitzpe Ramon, Sde Boker), pour terminer la journée autour du lac de Yeruham. 
Face à des équipes redoutables telles que les « Arctic Redpolls », venus de Finlande pour l’occasion, ou les « Palestinian Sunbirds », emmenés par Noam Weiss, manager du Centre Ornithologique de Eilat, avec qui nous avons collaborés durant la course, nous nous sommes contentés d’une très honorable 3ème place, avec pas moins de 170 espèces observées au terme des 24 heures de compétition. Il s’agit de l’un des seuls endroits du Paléarctique Occidental où il est possible d’observer une telle diversité d’oiseaux sur une journée.

Figure 5 : équipe turque composée de Turan Çetin (Tr), Noé Terorde (Be) et Kaan Özgencil (Tr)

Figure 5 : équipe turque composée de Turan Çetin (Tr), Noé Terorde (Be) et Kaan Özgencil (Tr)

Peu importe les résultats de la course, ce qui reste dans les esprits après un tel événement est la sensation d’avoir apporté sa contribution à une bonne action, en plus d’avoir participé à un événement très excitant et amusant. Je pense pouvoir parler au nom de tous les participants en affirmant que l’on souhaite tous remettre l’expérience l’année prochaine, afin de défendre une nouvelle fois les droits de ces oiseaux migrateurs tant persécutés. Peut être avec une équipe belge cette fois, qui sait…

EuroBirdPortal, le projet d'intégration des portails ornithologiques en Europe, se réunit à Namur

Ces 2 et 3 mars 2017, un atelier international consacré au projet EuroBirdPortal (eurobirdportal.org) s'est tenu à Namur. Une trentaine d’experts ornithologues provenant de 17 pays ont répondu à l'invitation d'Aves pour venir échanger les "bonnes pratiques" concernant les portails de données ornithologiques.

EuroBirdPortal, un projet mené sous l'égide de l'European Bird Census Council et soutenu par un financement européen "Life Preparatory", cherche à rassembler les observations d'oiseaux collectées via Internet à travers l'Europe. Actuellement, cela concerne plus 40 millions de données récoltées annuellement par plus de 100.000 ornithologues, via 69 institutions dans 21 pays d'Europe. La version de démonstration du portail permet déjà de visualiser les cartes de répartition hebdomadaires de dizaines d'espèces européennes. À l'avenir, l'ambition est de connecter les différents portails actuels (Ornitho, BirdTrack, eBirds, Observation.org, ...) pour rassembler les données ornithologiques, en temps réel, à l'échelle du continent.

27 experts provenant d'une quinzaine de pays ont échangé leurs expériences durant deux journées à Namur. 

27 experts provenant d'une quinzaine de pays ont échangé leurs expériences durant deux journées à Namur. 

Les échanges de ces deux journées ont particulièrement mis en évidence l'intérêt des "listes complètes d'observations". Cette pratique consiste à enregistrer sur le terrain et à encoder, non pas seulement les quelques observations les plus intéressantes d'une sortie ornitho, mais tout simplement la liste complète de toutes les espèces observées sur le terrain pendant un temps d'observations donnés. Par rapport aux données courantes classiques, isolées, les listes d'observations permettent de mesurer l'effort d'observation et d'ainsi inférer aussi les "absences", c'est-à-dire les espèces qui n'ont pas été détectées par l'observateur. Les biais (comme par exemple les variations de pression d'observations) sont ainsi mieux contrôlables. Plus explication ? Lisez cet article dans le Bulletin Aves.

Si la Belgique figure en bonne place dans le concert européen en ce qui concerne la quantité d'observations ornithologiques (7ème en nombre d'observations par milliers d'habitants, après les pays scandinaves, la Suisse et les Pays-Bas, mais devant les îles britanniques, l'Allemagne et la France), il n'en va pas de même concernant les "listes complètes". Seulement 4% de toutes les données belges sur Waarnemingen/Observations.be sont encodées sous formes de listes complètes (contre 90 % au Portugal!). Pourtant, les outils sont disponibles, directement sur www.observations.be ou maintenant via l'application ObsMapp.

Nous allons donc préparer quelques tutoriels et explications pour tenter de motiver de plus en plus les observateurs wallons et bruxellois à collecter des listes complètes d'observations. Une première vidéo expliquant comment encoder des listes à partir de ses observations est visible ici (ici dans le cadre des échantillonnages des oiseaux nicheurs EBBA2, mais ce genre d'exercice devrait devenir l'habitude en toute saison).

D'autres sujets importants, comme la validation des données en première ligne, ont fait l'objet de nombreuses discussions et échanges.

La rencontre internationale a aussi été l'occasion de rendre publique une nouvelle mise à jour du portail de démonstration, qui permet désormais de suivre les observations de 105 espèces pour la période 2010-2015... soit des millions de combinaisons possibles de cartes. Ci-dessous, une comparaison concernant les deux milans européens.

Comparaison de la situation en début mars de la migration du Milan royal à gauche et du Milan noir à droite, qui commence seulement à arriver dans nos régions. Cliquez sur l'image pour accéder à la page en live.

Comparaison de la situation en début mars de la migration du Milan royal à gauche et du Milan noir à droite, qui commence seulement à arriver dans nos régions. Cliquez sur l'image pour accéder à la page en live.

Nous sommes fiers qu'Aves ait pu organiser cet atelier et ainsi faire avancer ce nouveau "rêve européen" ! Merci à tous les participants pour rendre cela possible...