EuroBirdPortal, le projet d'intégration des portails ornithologiques en Europe, se réunit à Namur

Ces 2 et 3 mars 2017, un atelier international consacré au projet EuroBirdPortal (eurobirdportal.org) s'est tenu à Namur. Une trentaine d’experts ornithologues provenant de 17 pays ont répondu à l'invitation d'Aves pour venir échanger les "bonnes pratiques" concernant les portails de données ornithologiques.

EuroBirdPortal, un projet mené sous l'égide de l'European Bird Census Council et soutenu par un financement européen "Life Preparatory", cherche à rassembler les observations d'oiseaux collectées via Internet à travers l'Europe. Actuellement, cela concerne plus 40 millions de données récoltées annuellement par plus de 100.000 ornithologues, via 69 institutions dans 21 pays d'Europe. La version de démonstration du portail permet déjà de visualiser les cartes de répartition hebdomadaires de dizaines d'espèces européennes. À l'avenir, l'ambition est de connecter les différents portails actuels (Ornitho, BirdTrack, eBirds, Observation.org, ...) pour rassembler les données ornithologiques, en temps réel, à l'échelle du continent.

 27 experts provenant d'une quinzaine de pays ont échangé leurs expériences durant deux journées à Namur. 

27 experts provenant d'une quinzaine de pays ont échangé leurs expériences durant deux journées à Namur. 

Les échanges de ces deux journées ont particulièrement mis en évidence l'intérêt des "listes complètes d'observations". Cette pratique consiste à enregistrer sur le terrain et à encoder, non pas seulement les quelques observations les plus intéressantes d'une sortie ornitho, mais tout simplement la liste complète de toutes les espèces observées sur le terrain pendant un temps d'observations donnés. Par rapport aux données courantes classiques, isolées, les listes d'observations permettent de mesurer l'effort d'observation et d'ainsi inférer aussi les "absences", c'est-à-dire les espèces qui n'ont pas été détectées par l'observateur. Les biais (comme par exemple les variations de pression d'observations) sont ainsi mieux contrôlables. Plus explication ? Lisez cet article dans le Bulletin Aves.

Si la Belgique figure en bonne place dans le concert européen en ce qui concerne la quantité d'observations ornithologiques (7ème en nombre d'observations par milliers d'habitants, après les pays scandinaves, la Suisse et les Pays-Bas, mais devant les îles britanniques, l'Allemagne et la France), il n'en va pas de même concernant les "listes complètes". Seulement 4% de toutes les données belges sur Waarnemingen/Observations.be sont encodées sous formes de listes complètes (contre 90 % au Portugal!). Pourtant, les outils sont disponibles, directement sur www.observations.be ou maintenant via l'application ObsMapp.

Nous allons donc préparer quelques tutoriels et explications pour tenter de motiver de plus en plus les observateurs wallons et bruxellois à collecter des listes complètes d'observations. Une première vidéo expliquant comment encoder des listes à partir de ses observations est visible ici (ici dans le cadre des échantillonnages des oiseaux nicheurs EBBA2, mais ce genre d'exercice devrait devenir l'habitude en toute saison).

D'autres sujets importants, comme la validation des données en première ligne, ont fait l'objet de nombreuses discussions et échanges.

La rencontre internationale a aussi été l'occasion de rendre publique une nouvelle mise à jour du portail de démonstration, qui permet désormais de suivre les observations de 105 espèces pour la période 2010-2015... soit des millions de combinaisons possibles de cartes. Ci-dessous, une comparaison concernant les deux milans européens.

 Comparaison de la situation en début mars de la migration du Milan royal à gauche et du Milan noir à droite, qui commence seulement à arriver dans nos régions. Cliquez sur l'image pour accéder à la page en live.

Comparaison de la situation en début mars de la migration du Milan royal à gauche et du Milan noir à droite, qui commence seulement à arriver dans nos régions. Cliquez sur l'image pour accéder à la page en live.

Nous sommes fiers qu'Aves ait pu organiser cet atelier et ainsi faire avancer ce nouveau "rêve européen" ! Merci à tous les participants pour rendre cela possible...

Milans royaux des cantons de l'Est: le printemps est dans l'air !

Après plusieurs semaines d'hivernage en Espagne, l'heure du retour semble avoir sonné pour les Milans belges suivis par balise GPS.

 L'alignement d'arbre derrière le village de Santovenia, qui sert de dortoir hivernal à Archimède. L'équipe du projet s'est rendu sur place en Janvier 2016 et a pu récolter des pelotes de réjection (photo: JY Paquet).

L'alignement d'arbre derrière le village de Santovenia, qui sert de dortoir hivernal à Archimède. L'équipe du projet s'est rendu sur place en Janvier 2016 et a pu récolter des pelotes de réjection (photo: JY Paquet).

Archimède coulait des jours tranquilles en Castille au même endroit de villégiature que l'hiver dernièr, dans la région de Zamora. Le 1er février, au petit matin, il a quitté son dortoir proche du village de Santovenia (voir photo ci-contre) pour filer vers l'est-nord-est. Après 6 jours, il a déjà couvert 650 km soit 45 % de son trajet pour revenir dans son territoire à Born (distance couverte: entre 4 et 203 km par jour). C'est passionnant de suivre son voyage pas à pas, car Archimède suit quasiment le même chemin que le voyage de retour de l'année précédente (17 jours de voyage parcourus entre le 18 janvier et le 3 février 2016).

Il a même fait étape au même endroit deux années de suite, à Saint-Girons-en-Béarn... (le 25 janvier 2016 et le 5 février 2017). 

 Trajet de retour 2017 d'Archimède (en jaune), jusqu'au 7/02. En bleu, son trajet de 2016. La flèche rouge indique le village de Saint-Girons-en-Béarn, où il a dormi dans le même bosquet à un an d'intervalle.

Trajet de retour 2017 d'Archimède (en jaune), jusqu'au 7/02. En bleu, son trajet de 2016. La flèche rouge indique le village de Saint-Girons-en-Béarn, où il a dormi dans le même bosquet à un an d'intervalle.

Le Mâle Wallerode a lui aussi entamé son voyage de retour, précédé, comme l'hiver dernier d'ailleurs, d'un petit séjour dans la région de Lourdes, une sorte de deuxième site d'hivernage, après lui aussi être allé en Espagne.

Les autres milans suivis par GPS, y compris Tchantchès, sont toujours en Espagne, entre l'Estrémadure et la Castille. Affaire à suivre donc !

 

 Situation au 3 février 2017. On voit les trajets d'Archimède et de Mâle Wallerode, et les positions en hivernage des 5 autres individus suivis, depuis Mérida au sud, jusqu'à Zamora.

Situation au 3 février 2017. On voit les trajets d'Archimède et de Mâle Wallerode, et les positions en hivernage des 5 autres individus suivis, depuis Mérida au sud, jusqu'à Zamora.

Le Milan royal en hiver en Wallonie en 2016-2017

En hiver, la Belgique se situe sur la frange nord-ouest de la répartition du Milan royal. Ce rapace est alors rare en Haute-Belgique et très rare plus au nord, même si des variations sensibles peuvent s’observer d’un hiver à l’autre en fonction notamment de l’abondance des micromammifères et de la météo continentale.

 © Jean-Marie Poncelet

© Jean-Marie Poncelet

Depuis onze ans, en complément des nombreux inventaires de nicheurs, un recensement international est organisé en janvier à l’initiative de la LPO Mission Rapaces afin de mieux cerner l’aire et les conditions d’hivernage. Cette enquête est centrée sur la recherche et le dénombrement coordonné des dortoirs communautaires que forme ce rapace, principalement dans les régions où il hiverne en nombre. Au moins 15 pays ont collaboré à cet inventaire les 7-8 janvier dernier. En Wallonie, l’ensemble des contacts avec des milans en janvier est par contre pris en compte, en raison de la faible présence hivernale.

L’hiver 2016-2017 en Wallonie

Comme d’habitude, la migration postnuptiale s’est prolongée sur tout le mois de novembre, tout en s’amenuisant après le 10. En décembre, l’observation de quelques oiseaux apparemment en migration s’est répétée à l’image des années précédentes (1 ex. vers le sud-ouest le 1er décembre à Châtillon, le 5 à Woluwe-Saint-Pierre et le 10 à Wéris). Le total mensuel de contacts fut néanmoins très faible, nettement inférieur à celui des deux hivers précédents. En effet, seules 10 localités ont fourni des observations d’isolés et 2 des duos (2 ex. le 24 à Rossignol et le 30 à Waha).

La rareté a persisté en janvier : des observations d’isolés dans 8 localités et une de 2 ex. le 14 à Herbeumont. Un seul milan a été aperçu en Wallonie les 7-8 janvier, à Lamouline (sud Ardenne), et à peine deux autres du 1er au 10 janvier (le 9 à Witry et Clermont-sous-Huy). Aucun dortoir n’a été trouvé. Une seule localité a fourni des observations répétées : Witry du 9 au 13 janvier. Il est toutefois vraisemblable que l’un ou l’autre milan ait hiverné, notamment en Ardenne luxembourgeoise. La répartition des observations de décembre-janvier (Fig. 1) est à nouveau centrée sur les régions herbagères, comme lors des précédents hivers (Fig. 2). Cette distribution recouvre largement celle de l’aire de reproduction.

 Figure 1 : Répartition des observations de Milan royal en Wallonie et à Bruxelles décembre 2016 (bleu) et janvier 2017 (rouge). Source : www.observations.be

Figure 1 : Répartition des observations de Milan royal en Wallonie et à Bruxelles décembre 2016 (bleu) et janvier 2017 (rouge). Source : www.observations.be

 Figure 2 : Carte des observations de janvier de 2013 à 2017 en Wallonie. Les régions à caractère herbager de Haute-Belgique concentrent la plupart des observations

Figure 2 : Carte des observations de janvier de 2013 à 2017 en Wallonie. Les régions à caractère herbager de Haute-Belgique concentrent la plupart des observations

Comme les années précédentes, l’amorce de retours semble précoce comme l’indique la réapparition en Lorraine fin janvier (1 ex. à Autelbas le 26) – début février (1 ex. à Termes le 3), conjointe à des observations semblables au Grand-duché de Luxembourg. Il ne s’écoule donc guère plus de six semaines entre les derniers passages vers le sud et les premières remontées vers les lieux de nidification.

Dans les régions voisines

Peu de milans hivernent aux alentours de la Wallonie. Ainsi, à peine 6 observations d’isolés en décembre et 4 en janvier en Flandre, aucun au Grand-duché de Luxembourg après le 8 décembre (M. Bastian, com. pers.), très peu de mentions en Sarre, dans les lander de Rhénanie-Westphalie ainsi qu’en Rhénanie-Palatinat (voir www.ornitho.de ) et une donnée dans le Nord-Pas-de-Calais (1 ex. le 16 janvier à Wallers-Trélon). A l’échelle du Grand –Est (fusion de Champagne-Ardenne et Alsace-Lorraine), 87 Milans royaux ont été trouvés en dortoirs en janvier : 49 en Alsace, 10 en Lorraine et 28 en Champagne-Ardenne. Parmi les données provenant du département des Ardennes, la présence de 5 milans à la décharge d’Eteignières, toute proche de Rièzes, attire l’attention sur la possibilité de découvrir des hivernants dans le sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Référence citée : G. Leblanc, D. Etienne & A. Mionnet (2017) : Synthèse du comptage simultané en période hivernale des Milans royaux dans le Grand-Est - 07 et 08 janvier 2017. Rapport LPO & LOANA.