SOCWAL

Les effectifs de Tourterelle des bois augmentent en Europe occidentale !

Chaque année depuis 1990, des observateurs comptent les oiseaux aux mêmes endroits et aux mêmes moments afin d’estimer les tendances évolutives des oiseaux communs en Wallonie. C’est le but programme SOCWAL coordonné par Aves, pôle ornithologique de Natagora.

Ce programme s’inscrit dans un programme à l’échelle européenne coordonné par l’European Bird Census Council (EBCC). Le PanEuropean Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS) permet de mesurer les tendances de 168 espèces dans 30 pays depuis 1980 en regroupant les résultats des suivis d’oiseaux communs nationaux. 

Photo : Olivier Colinet

Les données gérées par l’EBCC dans le cadre de ce projet permettent de nombreuses analyses à l’échelle européenne afin de mieux comprendre l’évolution de certaines espèces.

Depuis quelques années, une équipe de chercheurs espagnols et tchèques étudient l’évolution des populations de Tourterelle des bois en Europe. Ils comparent les effectifs estimés par PECBMS pour les lignes de vol d’Europe occidentale et d’Europe centrale afin de mesurer l’effet du moratoire sur la chasse mis en place en France et en Espagne depuis 2021.

Pour la zone de migration occidentale, le nombre de couples nicheurs estimés est au plus haut en 2025 depuis 2009 avec 673.000 couples supplémentaires par rapport à 2021 soit une croissance globale de 46.6%.

Estimation des effectifs nicheurs de Tourterelle des bois selon les lignes de migrations occidentale (bleu, 1998-2025) et centro-orientale (orange, 2000-2025).

Pour la zone centro-orientale où il n’y a pas de moratoire sur la chasse de l’espèce, les effectifs sont par contre en déclin marqué atteignant en 2025 environ 620.000 couples soit un minimum historique. La tendance sur les dix dernières années passe de la stabilité au déclin.

Parallèlement, les chercheurs ont analysé les données de baguage de 7 stations en France et en Espagne afin de mesurer le taux de survie des adultes et des jeunes avant et après le moratoire. Pendant cette période, ce taux de survie a augmenté de 10% pour les adultes et de 40% pour les juvéniles comparé a la période pré-moratoire. Cela confirme que la chasse à grande échelle influence la dynamique de la population de Tourterelle des bois.

Qu’en est-il en Belgique ?

Aves a envoyé les tendances et données issues des programmes SOCWAL et ABV analysées avec les mêmes programmes que ceux utilisés pour cette analyse (RTRIM puis RSWANN). Chaque observateur participant à SOCWAL a donc contribué à la réalisation de l’étude internationale.

Dans les deux régions, l’espèce est en fort déclin sur le long terme (depuis 1990 en Wallonie et depuis 2007 en Flandre). La Tourterelle des bois est devenue si rare qu’il est difficile d’avoir un nombre suffisant de points d’écoute où l’espèce est présente. L’échantillonnage devient donc peu représentatif pour la Tourterelle des bois ces dernières années. Au point qu’elle n’est pas traitée dans les analyses de l’INBO pour la Flandre (voir rapport ABV).

Nous avons cependant décidé d’envoyer les indices et tendances pour l’espèce afin qu’ils soient inclus dans l’analyse au niveau européen. Le graphique ci-dessous indique l’évolution de la Tourterelle des bois en Belgique et dans les deux régions (elle ne niche plus à Bruxelles depuis le début des années 1990).

Evolution des effectifs de la Tourterelle des bois en Belgique, en Wallonie et en Flandre basée sur les programmes ABV et SOCWAL. L’analyse régionale a été faite avec le programme RTRIM et la tendance belge a été calculée au moyen du programme RSWANN pondéré selon le nombre de couples dans chaque région.

Au vu de ces graphiques, il n’est pas encore possible de confirmer une tendance à l’augmentation des effectifs en Belgique suite à l’arrêt de la chasse en France et en Espagne. Les résultats restent incertains bien que les graphiques montrent une légère augmentation des indices, les intervalles de confiances sont trop élevés pour se prononcer certainement.

Ces résultats européens montrent l’importance de participer à des suivis régulier tels que SOCWAL. L’addition de toutes ces “petites” contributions annuelles permet d’obtenir des résultats solides à l’échelle du continent. Ces résultats servent ensuite à différentes associations naturalistes pour apporter des solutions efficaces et scientifiquement prouvées aux institutions publiques en matière de protection des espèces.

Sur base de modèles incluant le taux de survie et le taux de fécondité, cette étude a également permis de calculer des quotas de tir à ne pas dépasser - la chasse a été partiellement réouverte en 2025 - qui permettraient de maintenir une population croissante ou stable en Europe occidentale.

Plus d’infos

Vous pouvez lire le rapport plus complet (pdf en anglais) sur ce lien.

Les pays concernés selon les lignes de vol sont les suivants :

Ligne de vol centro-orientale : 2025: AT, BG, HR, CY, CZ, EE, GR, HU, IT-CE, LT, LV, PL, RO, SK, SL 2024: DE-CE

Ligne de vol occidentale : 2025: BE-FLA, BE-WAL, FR, IT-W, NL, PT, ES, CH, GB 2024: DE-W

État de l'avifaune des milieux agricoles en Wallonie 2021

Photo de couverture : Denis Delangh

En Wallonie, les populations d’oiseaux communs sont suivies depuis 1990 grâce à des ornithologues volontaires qui dénombrent les oiseaux présents lors de points d’écoutes répétés chaque année au même endroit et au même moment. L’analyse des données issues de ces suivis permet de connaître l’évolution des espèces typiques des milieux agricoles.

Celles-ci sont dans une situation de plus en plus précaire : deux espèces sont en forte augmentation (Tarier pâtre, Pie-grièche écorcheur), deux sont en légère augmentation (Faucon crécerelle, Fauvette grisette), deux sont stables (Corbeau freux, Bergeronnette printanière) et les 11 autres espèces déclinent de façon plus ou moins marquée : deux ont perdu moins de 50 % de leurs effectifs (Linotte mélodieuse, Hirondelle rustique) quatre ont perdu entre 50 et 80% de leurs effectifs (Bruant jaune, Etourneau sansonnet, Alouette des champs, Vanneau huppé) et 5 espèces ont connu un déclin tel que plus de 80 % des effectifs ont disparu (Bruant proyer, Perdrix grise, Tourterelle des bois, Moineau friquet, Pipit farlouse).

L’indice des oiseaux agricole, qui combine l’évolution de ces 17 espèces, indique un déclin annuel de 2,7%, ce qui correspond à un déclin de 59,4 % par rapport au niveau de 1990.

Évolution des populations de 17 espèces d’oiseaux des milieux agricoles en Wallonie depuis 1990.

Le déclin des oiseaux des milieux agricoles est pourtant tout sauf une fatalité. Les mesures à prendre pour protéger notre avifaune agricole sont déjà largement connues et éprouvées. À la différence de certaines espèces forestières dont l’habitat peut prendre des centaines d’années pour être restauré, il est réaliste d’espérer l’amélioration de l’état d’au moins une partie des espèces dans un laps de temps beaucoup plus court, à condition d’accroître l’ambition environnementale de la politique agricole commune (PAC).

Pour en savoir plus, découvrez l’état de l’avifaune des milieux agricoles de Wallonie 2021.

Le Moineau friquet, jadis assez commun et répandu, voit ses effectifs diminuer de manière inquiétante depuis 2006.

Photo : Rachel Delmelle

Vers des "printemps silencieux" ?

L’essai “Printemps silencieux”, publié en 1962 par la biologiste Rachel Carson, est souvent considéré comme une des œuvres fondatrices du mouvement écologiste. L’ouvrage dénonce le rôle des pesticides dans le déclin des oiseaux chanteurs. On ne peut s’empêcher de repenser à ce livre à la lecture d’un article récemment publié dans “Nature Communications” intitulé: “Bird population declines and species turnover are changing the acoustic properties of spring soundscapes” (en français: “Le déclin des populations d’oiseaux et les changements dans la composition en espèces sont en train de modifier les propriétés acoustiques du paysage sonore printanier”). Cette étude originale, à laquelle Aves a été associée, s’appuie sur deux importants projets de sciences participatives auxquels vous contribuez peut-être : le suivi des populations des oiseaux communs et xeno-canto, la sonothèque ornithologique collaborative.

Un des éléments les plus virtuoses de notre avifaune: le Rossignol philomèle Luscinia megarhynchos (photo: René Dumoulin)

L’équipe de chercheurs, menée par Catriona Morrison et Simon Butler de l’Université d’East Anglia (Grande-Bretagne), étudie la question de l’appauvrissement du lien entre l’homme et la nature. Les « paysages sonores naturels » sont particulièrement susceptibles de contribuer à former ce lien, puisque chacun peut les percevoir dans son quotidien, en particulier au printemps, grâce aux vocalises omniprésentes des oiseaux. De sa fenêtre ouverte, sur le chemin du travail, pendant ses loisirs, tout le monde entend, même de manière inconsciente, le chant des oiseaux. Dans quelle mesure ce paysage sonore s’est-il modifié au cours du temps ? Pas simple d’objectiver le phénomène : il n’existe évidemment pas d’archives auditives standardisées des chœurs matinaux. Les chercheurs ont ici utilisé toute la puissance de la bio-informatique et des sciences participatives pour reconstituer artificiellement les paysages sonores historiques et tester leurs hypothèses.

Le procédé mobilise tout d’abord les relevés servant aux suivis des populations à travers toute l’Europe et l’Amérique du Nord pour dresser des listes historiques des assemblages d’individus présents sur chacun des points d’échantillonnage. C’est à cette fin que les données des suivis « points d’écoute » de Wallonie et de Bruxelles ont été incluses dans l’analyse. Au total, cela représente près de 220.000 points d’échantillonnage, répartis sur deux continents, suivis pendant 25 ans. Ensuite, pour chacune des espèces rencontrées, une sélection des chants enregistrés sur Xeno-canto ont été téléchargés. Pour chaque lieu d’échantillonnage et chaque année, une bande-son vide a été « peuplée » virtuellement par les chants des oiseaux réellement signalés par les observateurs, avec une variation aléatoire de l’intensité pour mimer les conditions réelles, et surtout un nombre d’inclusions du chant dépendantes du nombre d’individus signalés dans le comptage réel : le paysage sonore de l’échantillonnage est ainsi reconstitué.

Vous pouvez écouter un exemple de ces reconstitutions: c’est bluffant, on peut même s’amuser à refaire le point d’écoute. Il s’agit d’un même point d’échantillonnage reconstitué ici pour 1998:

et ci-dessous pour 2018. Fermez les yeux et comparez les deux reconstitutions. Que vous disent vos oreilles ?

Vous aurez certainement perçu un volume plus élevé, un fouillis plus complexe, mais aussi plus mélodieux pour l’enregistrement de 1998, alors que l’enregistrement de 2018 est moins vivant, contenant même certains blancs, et en fin de compte moins agréable à l’oreille. Évidemment cet exemple choisi est extrême, mais il est bien illustratif de la tendance que l’étude met en évidence. Pour chacun des enregistrements reconstitués, quatre indices reflétant la « qualité et la richesse » sonores ont été calculés. L’évolution de ces quatre indices, sur les deux continents, suggère que les paysages sonores sont devenus significativement plus homogènes et plus calmes depuis 1990.

Variation annuelle de l’Index de Diversité Acoustique, ADI (a,b), de l’Index d’Uniformité Acoustique, AEI (c,d), de l’Index Bioacoustique BI (e,f) et de l’Entropie Acoustique H (g,h) en Amérique du Nord (colonne de gauche) entre 1996 et 2017 et en Europe (colonne de droite) entre 1998 et 2018. La diminution de ADI, BI et H, associé à l’augmentation de AEI, signifie que le paysage sonore de nos printemps est devenu plus calme et moins varié avec le temps.
Source: https://www.nature.com/articles/s41467-021-26488-1/figures/3

Cette perte de diversité sonore ne s’est pas produite de la même manière partout, et la qualité des chœurs s’est même améliorée par exemple au nord de la Scandinavie. Malheureusement, elle s’est particulièrement dégradée dans notre partie de l’Europe. Comme on pouvait s’y attendre, il y a une forte corrélation entre les changements de la qualité du paysage sonore et l’évolution de la diversité et de l’abondance des espèces. Mais la corrélation n’est pas parfaite : la composition en espèces et sans doute les interactions vocales entre elles influencent aussi la qualité des sons produits.

Cette étude est importante, car elle démontre une dégradation d’un des liens forts qui nous lie à notre environnement. Un paysage sonore qui nous paraît « dans la norme » maintenant apparaitrait sans doute comme pauvre pour une personne vivant dans les années ‘90. Cela n’est probablement pas sans conséquence sur notre état de connexion à la nature, mais aussi sur notre bien-être.