L'Hirondelle de rivage en Wallonie: combien reviendront nicher en 2017 ?

L’Hirondelle de rivage est une espèce fort spécialisée et vulnérable en période de nidification

  • Un terrier pour nicher (seule espèce avec le Martin pêcheur et l’occasionnel Guêpier).
  • Une de nos rares espèces coloniales.
  • Une distribution naturelle limitée aux falaises verticales et fraîches des berges dans les vallées alluviales de rivières.
  • Un degré élevé de philopatrie (fidélité au site d’origine) chez les adultes.
  • Une dépendance alimentaire vis-à-vis du plancton aérien, propre aux martinets et hirondelles.
 photo : Jean-Marie Winants

photo : Jean-Marie Winants

Les types de sites de nidification ont connu une évolution historique

Depuis un siècle, l’évolution est principalement marquée par une double influence anthropique sur ses lieux de nidification :

  • la raréfaction des falaises naturelles (canalisations des rivières, aménagements divers, boisements de berges,…),
  • la multiplication temporaire des artefacts, surtout des carrières, rapidement colonisées (principalement des sablières). On notera que l’occupation locale de bâtiments et murs est déjà ancienne.
 photo : Marc Delsalle

photo : Marc Delsalle

La population fluctue

L’Hirondelle de rivage possède une population nicheuse assez fluctuante en Wallonie, variant entre 1.700 et 3.800 couples à l’échelle des quarante dernières années. Une réduction de l’aire a toutefois été enregistrée. Pour plus d’informations, voir aussi lien vers la fiche atlas ?

Le dernier niveau élevé de population a été atteint en 2011 (3.700 couples environ). De 2012 à 2015, l’effectif a tourné autour de 2.000 couples et le nombre de colonies a diminué, avec une situation de plus en plus critique en rivière.

En 2016, le nouvel inventaire a été perturbé par des conditions météorologiques déplorables de courant avril à juin, avec des températures fraîches et des pluies exceptionnellement abondantes ; des crues soudaines ont noyé la quasi-totalité de colonies de rivière. La population a été estimée à environ 2.300 couples pour moitié en Lorraine, une valeur indicative vu les aléas de la reproduction et les difficultés de dénombrements précis. 
La situation vécue en 2016 conduit à relancer un nouveau recensement en 2017 afin de déterminer de manière précise la population qui nous reviendra après une année aussi perturbée.

Quelle était la répartition et l’importance des effectifs en 2016 ?

Environ 2.300 couples ont été recensés en 2016, un effectif à la baisse par rapport à 2011. La moitié se trouve en Lorraine belge et un quart en Hainaut occidental. Les autres régions se partagent le quart restant de l’effectif. Entres autres, la situation est critique en Brabant où la baisse atteint 95% en quarante ans.

Le nombre de colonies (42 en 2016) et leur importance moyenne (54 couples en 2016) diminue aussi. De même, la carte confirme la tendance sur le long terme à une réduction de l’aire : celle-ci se marque ainsi par rapport aux inventaires de l’atlas 2001-2007 (rectangles jaunes).

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L’importance relative des grandes colonies est aussi un facteur de vulnérabilité. Ainsi les deux plus fortes colonies, Maubray en Hainaut (450 couples au moins) et Châtillon en Gaume (372 couples) concentrent 36% de l’effectif en 2016. Pour sa part, le top10 de l’année rassemble près de 80% des couples wallons.

En outre, la dépendance vis-à-vis des habitats artificiels est devenue extrême et bien supérieure à celle notée dans d’autres pays. En effet, les parois de carrières et les dépôts meubles associés concentrent 95,5% des nids, auxquels on peut ajouter 1,7% sur des bâtiments. Restent donc seulement 2,8% de nids en berges naturelles.

Cette vulnérabilité justifie donc de poursuivre le suivi attentif des colonies et de développer un plan d’actions pour assurer le redéploiement de l’espèce autour de noyaux de peuplement.

Le recensement des colonies

Les Hirondelles de rivage reviennent à partir de fin mars (premières en Wallonie les 25-27 mars 2017, quinze jours après les premiers contacts en Flandre). La plupart des adultes reviennent en avril et vont réaliser une première nichée avec envols en première quinzaine de juin). Une partie entreprend une seconde nichée avec envols fin juillet – début août. De jeunes adultes ne revenant qu’en avril –mai n’élèvent pour leur part qu’une seule nichée. Les départs sont massifs en août. Multiplier les visites aux colonies depuis le début des retours jusqu’aux départs fournira aussi d’intéressantes information sur la période de présence. 

Premiers retours 2017 : Quelques Hirondelles de rivage s’observent en Flandre depuis le 12 mars. Les premières pour la Wallonie sont apparues deux semaines plus tard, le 28 mars : 4 au-dessus de l’Ourthe à Noiseux et 7 à Mont-Saint-Guibert, soit sur deux sites de nidification. Sur d’autres sites de colonies, premières notés le 29 mars à Ploegsteert et Amay, le 31 mars à villers-sur-Lesse et le 1er avril à Châtillon. De rares groupes (migratrices ou oiseaux régionaux ?) sont aussi pointés : 5 le 29 mars à Roly, 15 le 31 mars à Virelles, 11 à Etalle et 55 à Harchies le 1er avril.

Pour le recensement :

  • Rechercher les sites occupés au plus tard en mai (fin des retours et pleine activité d’installation) : nouveau sites ou confirmation de l’occupation de sites précédemment connus.
  • Noter le début des nourrissages lors d’une visite de fin mai –début juin.
  • En fonction de cela, réaliser le recensement en juin, avant l’envol de la première nichée, c’est-à-dire d’habitude entre le 5 et le 15 juin, en pleine période de nourrissage. Des comptages sensiblement plus tardifs risquent d’être invalides, notamment si les envols de jeunes ont débuté. Les juvéniles ont en effet l’habitude de revenir se poser un peu n’importe où, ce qui peut donner une fausse impression d’abondance. D’autre part, des oiseaux se dispersent très vite après les envols : des groupes sont ainsi notés dès le 20 juin sur de sites où ils n’ont pas niché.

Le recensement ainsi mené donne une valeur minimale, des nicheurs tardifs pouvant ne pas être détectés (couvaisons en cours). Le dénombrement est assez aisé si la colonie occupe un nouveau pan de falaise : en année normale, la plupart des galeries sont alors occupées, sauf simples amorces manifestes. Ailleurs par contre, il faut :

  • cartographier les galeries (croquis ou photo), amorces exclues ;
  • éliminer les galeries manifestement non fréquentées (toiles d’araignées ou plantes dans les entrées, mousses et autres signes indiquant l’absence de passage (griffure dégageant le sol nu) ;
  • dénombrer les nids occupés en procédant par groupes de nids si la colonie est importante et cocher les galeries occupées au vu d’oiseaux y rentrant, de jeunes dans les entrées de nids ou de traces manifestement fraîches ;
  • rester assez longtemps pour ne plus ou quasi plus enregistrer de nouveaux nicheurs (un moyen est de totaliser le nombre de « nouveaux nids occupés/tranche de 10 minutes » ; s’arrêter après au moins une tranche devenue nulle).
  • si possible, effectuer une seconde visite de contrôle quelques jours plus tard.

Pour participer à la recherche et au dénombrement des colonies en 2017, contactez-nous

Beau succès pour la Journée d'Études Aves 2017

Ce 12 mars 2017 s'est déroulée à Mons la Journée d'Études Aves. Organisée par la Section Aves Mons-Tournai et le département Études d'Aves-Natagora, elle a rassemblé plus de 160 personnes, du jamais vu pour une telle journée !

Les oiseaux d'eau et leur milieu étaient mis à l'honneur cette année. Du Butor étoilé aux Hirondelles de rivage en passant par une synthèse sur les dénombrements hivernaux, l'état des populations de Spatule blanche et les mouvements du Grèbe castagneux ; les orateurs ont passionné l'assemblée. Deux présentations du G.O.N nous ont permis d'avoir une meilleure vision sur les populations de Pouillots siffleurs et de Faucons pèlerins dans le Nord-Pas-de-Calais. Pour la Wallonie, les résultats de l'enquête sur les Milans nicheurs en Wallonie et l'état d'avancement du projet d'échantillonnage de l'avifaune dans les carrés kilométrique ont été présentés. Vous trouverez le résumé des communications en pdf sur ce lien. Certaines présentations seront progressivement rendues disponibles en pdf ici.

Un quizz d'identification (visuelle et auditive) avait aussi été préparé par la section d'Aves Mons-Tournai. Sur le podium: Xavier Lehane, Robin Gailly et Geert Spanoghe. Félicitations à eux et à tous les participants!

Entre les présentations, les participants ont pu profiter de différents stands : librairie, optique, exposition des aquarelles d'Yves Fagniart, bar... Tout avait été pensé pour que la convivialité soit au rendez-vous. 

Merci aux organisateurs et rendez-vous en 2019 pour la prochaine journée d'études.

Le point sur la grippe aviaire en Belgique

Après le premier cas identifié le 31 janvier 2017 chez un éleveur amateur de volailles d’ornement de la région de Lebekke (à 20 km au nord-ouest de Bruxelles), un Cygne tuberculé adulte a été confirmé positif au virus H5N8 hautement pathogène à Oud-Heverlee (20 km à l'est de Bruxelles), le 21 février. L’oiseau a été trouvé mort, flottant sur l’étang d’une réserve naturelle gérée par l’ANB (= DNF en Flandre). Dans les deux cas, il n’a pas été constaté de contamination "secondaire" (= d'autres oiseaux), malgré la mise en place d’une surveillance ad hoc dans les environs. Les deux virus ont été isolés au CERVA (centre d’expertise vétérinaire des SPF Santé publique et SPF Agriculture – laboratoire de référence pour la grippe aviaire) et leur génotypage est en cours afin notamment d’évaluer dans quelle mesure les deux cas sont liés. Il s’agit donc des deux premiers cas de détection d’un virus d’influenza aviaire hautement pathogène chez des oiseaux en Belgique. En réalité, il s’agit du deuxième et du troisième cas, car le premier cas pour l’Europe du fameux H5N1 hautement pathogène a été isolé en Belgique le 18 octobre 2004 par le CERVA; l'échantillon avait été prélevé sur un Aigle montagnard Spizaetus nipalensis, saisi à la douane de l'aéroport de Bruxelles National, dans les baguages à main d’un passager en provenance de Bangkok. 

 Cygnes chanteurs à Roly (photo Alain De Broyer)

Cygnes chanteurs à Roly (photo Alain De Broyer)

Ces deux cas de H5N8 hautement pathogène ne sont évidemment pas étonnants: inutile de rappeler que les oiseaux se déplacent au-delà des frontières et que l’épizootie ( = épidémie chez les animaux) touche quasi toutes les régions d’Europe, depuis le premier cas constaté en Hongrie en octobre passé.
 
Ce qui commence par contre à être un sujet de préoccupation est l’ampleur des mortalités chez les oiseaux sauvages. On peut l’estimer à des dizaines de milliers d’oiseaux appartenant à une trentaine d’espèces. La plupart sont des anatidés, mais pas uniquement. De surcroît, et dans une certaine (malheureuse) logique, on compte des espèces rares, fragiles, voire sévèrement menacées. Une dizaine de Faucons pèlerins, autant de Pygargues à queue blanche, des Autours des Palombes, au moins un Grand-duc d’Europe, tous trouvé morts, ont été testés positifs. Encore plus grave, au moins deux Oies naines ont été trouvées mortes en Hongrie. Ces deux individus appartiennent plus que probablement à la population nicheuse relictuelle de Norvège – la dernière d’Europe - qui compte seulement… 130 individus, qui hivernent jusque dans le Delta de l’Evros en Grèce. 

Que faire ? Pas grande chose dans l’état actuel des connaissances, si ce n’est empêcher que les foyers dans les élevages ne se propagent, en contaminent d’autres élevages ou des oiseaux sauvages. Et bien évidemment, participer à l’augmentation de la connaissance sur ce virus et son écologie.
 
Rester vigilant est ce que nous pouvons faire de mieux. Cela a parfaitement fonctionné dans le cas du cygne d’Oud-Heverlée puisque c’est une birdwatcheuse assidue de la vallée de la Dyle qui a repéré le cadavre, a alerté l’ANB qui a immédiatement envoyé une équipe récupérer le cygne pour l’envoyer au CERVA pour analyse. Dès les premiers résultats d’analyse connus, des bagueurs-collaborateurs de l’IRSNB ont capturé-bagué-relâché et réalisé des prélèvements sur des Cygnes tuberculés dans les étangs avoisinants et ont cherché l’éventuelle présence d’autres cadavres afin d’évaluer la possibilité de cas secondaires. La chaîne de collaboration a donc parfaitement fonctionné. Les consignes de vigilance sont spécifiées sur le site de l’AFSCA et du CERVA et ont été communiquées notamment aux 589 bourgmestres du pays.

En deux mots : si vous découvrez un Cygne ou un Grèbe mort, ou cinq oiseaux morts appartenant à une même famille et en un même lieu, avertissez s’il vous plait sans délai le DNF en Wallonie, l’IBGE à Bruxelles ou l’ANB en Flandre. Ce sont ces instances qui sont responsables de la collecte des cadavres découverts dans la Nature et de leur transport vers le labo du CERVA. Un grand merci d’avance !
 
Par ailleurs, afin que le dispositif soit le plus complet possible,  le Centre belge du Baguage organise tout au cours de l’année, à la demande et selon les prescriptions de l’AFSCA et du CERVA, la collecte des cadavres dans les CREAVES, CROH et autres VOC ainsi que la prise d’échantillons de liquide cloaqual sur des oiseaux des espèces sensibles au cours d’opération de baguage.