Nidification

Première reproduction de la Marouette de Baillon en Wallonie

La Marouette de Baillon à Harchies en 2019 (photo Matthieu Fabry)

La Marouette de Baillon à Harchies en 2019 (photo Matthieu Fabry)

La Marouette de Baillon Zapornia pusilla est un des oiseaux les plus mystérieux d’Europe. Ce très petit râle se distingue de la Marouette poussin Zapornia parva par l’absence de rouge à la racine du bec, le bas du ventre barré de blanc et de brun et les ailes plus courtes. Son chant, rarement entendu, est très particulier et rappelle un peu un cri de Grenouille verte. L’espèce recherche un habitat où il est très difficile de l’observer : des plaques de végétation herbacée basse et dense inondée – mais pas trop ! – en bordure des marais: étendues de carex, de joncs, etc. Le caractère extraordinaire de l’espèce se marque aussi par son aire de répartition, très grande : Europe, Asie (où l’espèce est migratrice), Afrique et Australie (où l’espèce est sédentaire). Au sein de cette aire immense, sa répartition est très éparse, comme celle de son habitat, et l’estimation globale de la population globale est étonnamment faible : de 8.000 à 26.000 mâles chanteurs (dont 980 à 1.400 en Europe).

L’espèce est un nicheur occasionnel très rare en Flandre. En Wallonie, sa nidification n’a jamais été soupçonnée… et sa présence même en migration n’est d’ailleurs que très exceptionnelle.

Découvert fortuitement fin juin au sein des Marais d'Harchies, un couple s'est finalement installé au cœur d'un petit saule dense dans une cariçaie, où il est parvenu à mener à terme une nichée d’au moins 3 poussins.

Le 17 juillet à l'aube, ces 3 petits ont été brièvement observés, alors qu'ils émergeaient de ce buisson suite à l'arrivée intempestive d'un Canard Colvert. Alertes, ces minuscules juvéniles aux plumes noires, soyeuses et luisantes - aux yeux noirs eux aussi - desquelles ne se démarque qu'un bec blanc, trottaient dans les pattes de leurs parents, dont ils avaient la moitié de la taille. Ces derniers apportant leur pitance en toute discrétion, à intervalles réguliers.

L'implication du groupe de travail "Marais d'Harchies" de la section Natagora - Aves Mons-Tournai fut primordiale pour parvenir à démontrer la reproduction. Des caméras et enregistreurs ont été placés avec prudence. L'analyse de cette masse de données permettra de lever un coin de voile sur la vie de cet oiseau si mystérieux et peu loquace. C'est du moins le vœu des ornithologues qui se sont investis dans cette étude. Malgré le désir d'associer le plus grand nombre à ces observations, la quiétude du site a finalement prévalu pour garantir la réussite de cette première nidification wallonne.

Le Comité de Gestion de ce complexe marécageux mérite également un grand coup de chapeau pour la confiance témoignée tout au long de ce suivi si délicat.

Le groupe de travail "Marais d'Harchies »  de la section Natagora - Aves Mons-Tournai

Pour en savoir plus sur la Marouette de Baillon, consultez le site de BirdLife.

Les pièges à caméra ont permis d’étudier les marouettes dans un habitat dense sans les déranger (photo: Robin Gailly)

Les pièges à caméra ont permis d’étudier les marouettes dans un habitat dense sans les déranger (photo: Robin Gailly)

Le Milan royal et la Huppe ont niché en Flandre en 2017

Le Milan royal et la Huppe fasciée ont à nouveau niché avec succès en Flandre en 2017, pour la première fois depuis des décennies.

© vboeckli - Flickr

© vboeckli - Flickr

Le Milan royal a toujours été un nicheur sporadique en Flandre. Depuis un cas réussi en 1977, il fallut attendre 1998, 2000, 2014, 2016 pour voir de nouvelles tentatives. Le couple qui s’est installé dans une haute peupleraie de la ceinture forestière  du Zuidlede à Moerbeke (Flandre orientale) a élevé un jeune (Everaert, 2018 – « De Rode Wouw broedt in Oost-Vlaanderen. Eerste geslaagd broedgeval in meer dan 50 jaar » Natuur.Oriolus 84 : 24-26). Celui-ci s’est envolé le 24 juillet. L’évolution notée en Flandre est assez semblable à celle observée aux Pays-Bas et est à relier à la progression des populations de Rhénanie-Westphalie (Allemagne) et de Wallonie. En particulier, la bonne santé de la population d’Ardenne explique l’expansion de l’espèce vers l’ouest de la Wallonie et les régions voisines. Ainsi aux Pays-Bas, un couple a niché en 2010 après une longue éclipse de l’espèce. Depuis, l’effectif est passé à 3 couples en 2014 et 10-15 couples en 2017 (van Rijn, 2018 – « Opmars van broedende Rode Wouwen Milvus milvus in Nederland, Limosa in prep.) ! On peut espérer que l’installation se confirme en Flandre dans les années à venir.

© René Dumoulin

© René Dumoulin

Pour sa part, la Huppe fasciée ne s’était plus reproduite en Flandre depuis 1981. Un couple a élevé trois jeunes durant l’été 2017 à Weelde (Anvers). Dans une situation assez insolite, le nid était placé près du sol dans un tas de bois de chauffage, tout près d’une maison d’un centre de vacances … (Verdonkt D. & Driessens G., 2018 – « Geslaagd broedgeval van Hop bij Weelde (A) in 2017 » Natuur.Oriolus 84 : 21-23). Même s’il y a aussi eu une nidification récente au Limbourg néerlandais et un cantonnement occasionnel à La Panne en 2013, le redéveloppement d’une population nicheuse semble assez peu probable, au moins à court terme. La situation est analogue en Wallonie où quelques cantonnements ont été enregistrés ces dernières années (notamment en 2013), après l’échec d’une nidification en 2009 dans le sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Ce cas était le premier trente ans après l’extinction de la population régionale (Jacob et al., 2010 - Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie). L’espoir réside dans l’éventuelle poursuite de la tendance à la hausse notée en France depuis les années 2000 (Issa & Muller 2015 - Atlas des oiseaux nicheurs de France).